Claudia Andujar et la lutte Yanomami

L’exposition de la Fondation Cartier pour l’Art Contemporain consacre l’oeuvre et le militantisme de la photographe brésilienne

Jusqu’au 10 mai 2020, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente la plus vaste exposition jamais consacrée à l’œuvre et au militantisme de la grande photographe brésilienne Claudia Andujar qui, depuis les années 1970, dédie sa vie à la photographie et à la défense des Yanomami, peuple amérindien parmi les plus importants de l’Amazonie brésilienne.

Fruit de plusieurs années de recherche dans les archives de la photographe, cette exposition présente son œuvre à travers plus de 300 photographies en noir et blanc ou en couleur (dont un grand nombre d’inédits), une installation audiovisuelle ainsi que des dessins réalisés par des artistes Yanomami et des documents historiques. Reflétant les deux versants indissociables de sa démarche, l’un artistique, l’autre politique, elle révèle à la fois la contribution majeure de Claudia Andujar à l’art photographique et le rôle essentiel qu’elle a joué – et joue encore – en faveur de la défense des droits des Indiens Yanomami et de la forêt qu’ils habitent.

Une relation d’humain à humain – Extrait du catalogue « Claudia Andujar, La Lutte Yanomami »

« C’était le matin et je savais que, dans l’après-midi, on viendrait me chercher en jeep pour me conduire à la petite ville de Caracaraí. Un premier voyage par la route synonyme de retour vers l’autre monde, celui de la technologie, et aux engagements différents. Ce monde où je suis née, où j’ai grandi et où j’ai appris, pour être respectée, à m’imposer par le sourire, les idées claires et l’optimisme.

Crédits photos © Claudia Andujar

Je n’ai pas fait mes adieux de manière formelle car « au revoir » n’existe pas chez les Indiens ; et quand bien même il existerait, je ne leur aurais de toute façon rien dit. Faire ses adieux implique une fin, or la vie est une continuation d’éléments qui se lient, se délient et se relient. Parfois de différentes manières. Il y a mille façons de se séparer et de s’unir : c’est un processus moléculaire. Les formes sont infinies, les combinaisons innombrables, mais fondamentalement tout se perpétue : c’est le processus de la vie, le mystère de l’existence, et la vie, dans laquelle la mort n’est qu’un phénomène complémentaire, n’est qu’une autre façon de se perpétuer. Une succession de moments qui se métamorphosent en flux.
J’ai empaqueté mon hamac, mon sac de couchage, mon appareil photo, mon gobelet de métal, mes comprimés contre le paludisme, mon jean, mes tee-shirts. Tout était prêt, je laissais derrière moi des mois de travail au sein de la famille élargie du monde Yanomami. Les Yanomami pensaient encore récemment qu’ils étaient l’unique peuple au monde. Eux étaient « les gens », et tous les autres des « napë », ceux qui ne sont pas des Yanomami (…)

Crédits photos © Claudia Andujar
Crédits photos © Claudia Andujar
Crédits photos © Claudia Andujar
Crédits photos © Claudia Andujar

Puis la jeep est arrivée. Trois ou quatre Indiens regardaient mon barda avec curiosité. Je partais. Je n’ai pas dit grand-chose, j’étais émue. Là-bas, j’étais chez moi. Je me sentais bien, comme si j’avais toujours fait partie de cet endroit, intégrée. Ce petit monde au milieu de l’immensité de la jungle amazonienne était mon lieu à moi, et le serait toujours. Je suis reliée à l’Indien, à la terre, à la lutte première. Tout cela me touche profondément. Tout me paraît essentiel. Je ne comprends peut-être pas tout et je n’en ai pas la prétention. Je n’en ai pas besoin, il me suffit d’aimer. Peut-être ai-je toujours cherché dans cette essentialité la réponse au pourquoi de la vie. Et j’ai été conduite là-bas, dans la forêt amazonienne, pour cette raison. Par instinct. À la recherche de moi-même. »

Fondation Cartier pour l’art contemporain
261 Boulevard Raspail, 75014 Paris
fondationcartier.com
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Categories: Art & Culture